Constante macabre
La constante macabre désigne la tendance d'un correcteur à produire, quel que soit le niveau réel du groupe, une proportion à peu près stable de mauvaises notes. Le terme a été forgé par André Antibi en 2003.
Aussi appelé constante macabre · Antibi · notation par quotas
Un enseignant qui rendrait une série de copies sans aucune note en dessous de la moyenne s'attend à une question : le sujet était-il trop facile ? Cette attente, intériorisée par tout le monde, produit un effet dont personne ne décide vraiment : la proportion de mauvaises notes reste stable d'une année à l'autre, quel que soit le niveau réel des élèves. C'est ce que désigne la constante macabre.
Origine du terme
L'expression est forgée par André Antibi, mathématicien et didacticien, dans un ouvrage publié en 2003. Sa thèse tient en une phrase : sous la pression sociale, l'enseignant se croit tenu de produire un certain pourcentage d'échecs pour que son évaluation soit jugée crédible. Le phénomène n'est pas présenté comme une faute individuelle mais comme un réflexe de système, largement inconscient.
Le mécanisme
La notation glisse de l'absolu vers le relatif sans que rien ne l'ait décidé. Au lieu de mesurer l'écart entre la production et un attendu explicite, elle finit par distribuer les élèves les uns par rapport aux autres, en reproduisant une forme de répartition attendue. Le barème sert alors d'après-coup : on ajuste sa sévérité pour retomber sur une distribution qui « ressemble à une vraie évaluation ».
Comment elle se manifeste
Des questions « pièges » insérées dans un sujet pour creuser artificiellement les écarts.
Un barème durci en cours de correction quand les premières copies sont jugées trop bonnes.
Une moyenne de classe comparée à celle des collègues comme critère de validité de l'évaluation, ce qui n'a de sens que si les groupes sont comparables.
Un malaise assumé devant une série où personne n'échoue, alors qu'un enseignement réussi devrait précisément produire ce résultat.
Ce qu'on peut faire
Annoncer les attendus avant l'évaluation, de façon suffisamment précise pour qu'un élève qui a travaillé sache ce qu'il doit savoir faire. C'est le principe de l'évaluation par contrat de confiance proposée par Antibi.
Fixer le barème ou la grille critériée avant d'ouvrir la première copie et s'interdire de le modifier ensuite, sauf erreur avérée sur le sujet.
Accepter une distribution des notes qui ne ressemble à rien de connu, si les attendus étaient clairs et le travail fait.
Comparer sa correction à celle d'un collègue sur deux copies, plutôt que comparer sa moyenne à la sienne.
À ne pas confondre avec
La sévérité d'un correcteur : elle décale l'ensemble des notes vers le bas ; la constante macabre concerne la forme de la distribution, pas seulement son niveau. Le premier problème relève de l'harmonisation, le second de la conception même de l'évaluation.
La notation sur courbe pratiquée explicitement dans certains concours : elle assume le classement comme objectif. La constante macabre, elle, se produit dans un cadre qui prétend évaluer des acquis.
L'inflation des notes : c'est le reproche symétrique, adressé aux évaluations jugées trop généreuses.
Ce que la notion a contre elle
Le concept a été discuté, y compris par des chercheurs en éducation qui lui reprochent de reposer sur une enquête déclarative et de généraliser un phénomène dont l'ampleur varie beaucoup selon les disciplines et les niveaux. Le succès public de la formule dépasse largement ce que la donnée disponible permet d'affirmer. Elle reste néanmoins un outil de discussion utile en équipe, à condition d'être présentée comme une hypothèse sur les réflexes de notation et non comme une loi établie. Pour le versant scientifique du sujet, voir la docimologie et notre article sur les biais de correction.
Sources
- André Antibi, La constante macabre ou comment a-t-on découragé des générations d'élèves, Math'Adore, 20031 janvier 2003
- Henri Piéron, Examens et docimologie, PUF, 19631 janvier 1963
Corrigez vos copies avec Examino