Docimologie
La docimologie est l'étude scientifique des examens et de la notation : fidélité des correcteurs, effets de contexte, biais. Le terme est forgé par le psychologue Henri Piéron en 1922.
Aussi appelé docimologie · science des examens · étude de la notation
On peut étudier scientifiquement la note comme on étudierait n'importe quel instrument de mesure : en vérifiant si elle donne le même résultat dans les mêmes conditions, et si elle mesure bien ce qu'elle prétend mesurer. C'est l'objet de la docimologie, du grec dokimè, l'épreuve.
Naissance de la discipline
Le mot est forgé en 1922 par le psychologue Henri Piéron, qui entreprend d'appliquer aux examens français les méthodes de la psychologie expérimentale. La démarche est simple et redoutable : faire corriger les mêmes copies par plusieurs correcteurs, puis comparer. Les travaux menés dans son sillage, poursuivis en Belgique par Gilbert De Landsheere, ont installé durablement l'idée que la note dépend en partie du correcteur et des conditions de la correction, et pas seulement de la copie.
Les résultats fondateurs
Une même copie soumise à plusieurs correcteurs reçoit des notes sensiblement différentes, l'écart étant d'autant plus large que la production est longue et ouverte.
Un même correcteur ne redonne pas nécessairement la même note à la même copie quelques semaines plus tard : la fidélité n'est pas seulement un problème entre correcteurs, elle l'est aussi pour un seul.
La dispersion se réduit nettement quand les critères sont explicités avant la correction, ce qui a fondé l'usage du barème détaillé et de la grille critériée.
Les principaux biais identifiés
Biais | Ce qui se passe | Parade la plus courante |
|---|---|---|
Effet de contraste | Une copie moyenne est surnotée après une série faible, sous-notée après une série forte. | Mélanger l'ordre des copies, relire les premières à la fin. |
Effet de halo | L'écriture, la présentation ou l'identité de l'élève déteignent sur le jugement de fond. | Anonymat, correction par exercice et non par copie. |
Effet d'ordre | La sévérité dérive au fil du paquet, avec la fatigue. | Corriger par séances courtes, recaler sur des copies étalons. |
Effet d'ancrage | La connaissance des résultats antérieurs de l'élève oriente la note du jour. | Ne consulter les résultats passés qu'après notation. |
Ce que la docimologie a changé
Une grande partie des dispositifs qui semblent aujourd'hui évidents en découle directement : l'anonymat des copies d'examen, la double correction sur les épreuves à fort enjeu, les commissions d'harmonisation, les barèmes nationaux détaillés, les grilles de correction. Elle a aussi nourri la critique de la note elle-même, prolongée en France par le débat sur la constante macabre.
À ne pas confondre avec
L'évaluation : la docimologie ne note pas les élèves, elle étudie ceux qui notent.
La psychométrie : plus large, elle porte sur la mesure des aptitudes en général, quand la docimologie se concentre sur les examens scolaires et universitaires.
Le procès des enseignants : les biais décrits sont des propriétés du jugement humain sous contrainte, pas des fautes professionnelles. C'est précisément pour cela qu'on y répond par des dispositifs, pas par des injonctions à mieux faire.
La question ouverte aujourd'hui
L'arrivée d'outils d'assistance à la correction remet la question docimologique au centre : un dispositif qui applique le même barème à la copie n° 1 et à la copie n° 120, sans effet de fatigue ni de contraste, adresse directement plusieurs des biais ci-dessus, à condition que ses propres écarts soient mesurés avec la même exigence. Voir notre article sur les biais de correction.
Sources
- Henri Piéron, Examens et docimologie, PUF, 19631 janvier 1963
- Gilbert De Landsheere, Précis de docimologie, Nathan, 19711 janvier 1971
- André Antibi, La constante macabre, 20031 janvier 2003
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